Comment j’ai préparé un voyage de cyclotourisme – partie 1

Faire du vélo longue distance demande du temps et une bonne condition physique. Suivez-vous dans les semaines qui ont précédé mon périple dans les Montañas Vacias.

Comment se remettre le pied à la pédale pour partir en voyage ?

Je me suis rendu compte que cela était plus difficile que je ne l’avais pensé lorsque j’ai passé plusieurs mois sans sortie longue. D’autant plus que je venais d’acheter un appartement à Bordeaux, que j’avais envie de décorer.

L’organisation d’un périple de cyclotourisme de 700 km en Espagne demandé de sortir le nez de mes activités quotidiennes. Découvrez les raisons pour lesquelles je suis parti et lisez le récit de la première étape de ma préparation.


Un choix réfléchi

J’avais posé une semaine de vacances fin-avril et il me restait à savoir quoi faire. J’hésitais entre rester à Bordeaux et parcourir les Montañas Vacias, un itinéraire vélo réputé.

J’avais découvert ce parcours il y a 4 ans dans mon beau livre Lonely Planet L’Europe à vélo. Il forme une boucle au départ de Terruel et traverse les « montagnes vides ». Il m’avait attiré par la beauté des paysages qu’il offrait et par la faible densité de population de la région. Par ailleurs, passer quelques jours en Espagne m’attirait, car j’allais m’immerger dans une culture étrangère qui me plaît.

Cependant, je n’étais pas sûr de pouvoir parcourir le trajet réservé aux cyclistes chevronnées, étant alors un novice du cyclotourisme. Cette aventure demandant du temps et une bonne condition physique m’est resté dans un coin de ma tête. J’ai idéalisé les Montañas Vacias et me suis dit qu’un jour, je les découvrirai.

À 3 mois du début de mes vacances, j’étais toujours incertain. Économiser de l’argent et aménager mon appartement ? Ou me faire plaisir et faire du bien à mon corps ainsi qu’à mon esprit ?

Même si les voyages m’apportent toujours beaucoup, j’ai besoin de me motiver pour sauter le pas.

Un soir, une connaissance m’a dit : « Je pense qu’il vaut mieux partir en voyage tant que tu peux. Tu pourras toujours décorer l’appartement plus tard ». C’est décidé, je passerai mes vacances sur les Montañas Vacias. J’avais le sentiment d’avoir fait le choix le plus juste.

Une piste connue

Ce trajet était le plus long que j’ai parcouru, juste après le voyage de 600 km en Allemagne et en Autriche. L’aventure me paraissait à ma portée, mais je redoutais les montées et je prévoyais des douleurs aux genoux.

3 semaines avant le départ, j’ai décidé de faire des sorties à la journée pour habituer mon corps aux efforts longs. En faisant cela, je voulais éviter de ressentir des douleurs aux genoux lors de mon périple. Elles apparaissent généralement quand j’enchaîne trop de kilomètres sans en avoir l’habitude.

La piste cyclable Bordeaux-Lacanau est apparue comme une évidence car je l’ai parcouru e plusieurs fois. Après environ 4 mois sans pédaler sur une longue distance, j’étais curieux de voir quel allait être mon ressenti. J’ai dû me forcer pour me lancer dans cette sortie mais je savais qu’elle va me faire du bien.

Je pars à 8h45 du matin un dimanche du centre de Bordeaux. Dès les premiers mètres sur mon vélo de randonnée, j’apprécie le confort de celui-ci par rapport à mon vélo de ville. Il avance vite et me permet de me tenir droit.

Il y a peu de circulation sur cette route menant à la plage, notamment parce que le temps est nuageux. J’atteins la piste cyclable de Bordeaux à Lacanau après 1h. J’admire la végétation sur les bords de la piste. Il y a des petits fougères d’un vert intense et des ajoncs arborant de belles fleurs jaunes. Un léger parfum de forêt se dégage. La zone est humide puisqu’il a plu hier.

De plus, l’air froid se fait sentir sur mes mains et mes pieds. Pour me réchauffer, je bouge mes orteils et frotte mes mains équipées de gants. Je suis ravi d’arriver à Salaunes, où je m’arrête pour manger quelques noix.

Je remarque que, depuis mon départ, étant donné que je ne regarde pas mon téléphone et que je ne suis pas distrait par des tâches à faire, des pensées me viennent à l’esprit sur mon avenir. Plus précisément, sur un mode de vie qui m’attire : l’expatriation.

Cependant, je ne veux pas prêter attention à ces pensées. Je les laisse filer pour me concentrer sur mon corps et sur ce qui m’entoure. Je fais du vélo pour me détendre et reposer mon cerveau, pas pour cogiter, mais l’exercice de pédalage me fait réaliser des choses et prendre du recul.

Je retrouve mon père à Sainte-Hélène. Il a rejoint en voiture cette commune située à mi-chemin entre Bordeaux et l’océan, en emportant son vélo.

Dans une ligne droite, il identifie le chant d’un oiseau et m’invite à tendre l’oreille pour le reconnaître : « C’est un pouillot véloce ». Il me semble avoir déjà entendu ce son mais je ne savais pas de quelle espèce il s’agissait. Mon père sort son portable pour vérifier à l’aide d’une application de reconnaissance sonore des oiseaux que c’est bien cette espèce. Pas de réseau Internet, tant pis.

Des chants d’oiseaux différents sortent des pins, sans qu’on puisse voir les petits volatiles. Soudain, j’entends : « Une buse ! » Mon père me montre un oiseau perché sur une branche au-dessus de nous. Je ne pensais pas que ce rapace était aussi petit.

Ensuite, nous atteignons la zone où se dressaient auparavant de nombreux arbres calcinés. Il n’en reste plus beaucoup. Plus loin, dans la longue ligne droite qui traverse une zone dépourvue d’arbres, je remarque de nombreux ajoncs dont les belles fleurs jaunes égayent le paysage.

1h30 après Sainte-Hélène, nous voilà à Lacanau-Océan. En voyant le sable qui grignote la piste et les cyclistes, je sens que la concentration de l’effort physique laisse place à la légèreté d’une station balnéaire. Je suis ravi d’arriver.

Mon père me montre des acacias au bord de la piste. Nous descendons à nouveau de vélo pour sentir ces fleurs blanches. Leur parfum délicieux me transporte en enfance et je vois ma grand-mère en train de servir des beignets aux fleurs d’acacias. Je ne m’en serais pas rappelé si mon père ne me l’avait pas dit.

Nous mangeons notre casse-croûte sur un banc du front de mer. Il n’y a pas foule, étant donné qu’il ne fait pas beau à Bordeaux. Ici, le soleil arrive à percer au milieu des nuages. Aucun surfeur n’est en vue dans les rouleaux puissants et assourdissants. Pourtant, d’habitude, il y a quelques surfeurs expérimentés à l’eau même lorsque les vagues sont grosses.

Les doutes apparaissent

Après avoir mangé puis bu un café, nous nous remettons en selle. Il est 13h30 environ, j’arriverai à Bordeaux vers 17h, ce qui me laissera du temps pour faire du ménage chez moi, cuisiner, terminer ma to-do-list de travail et profiter de ma soirée.

Je ne ressens pas de réelle fatigue, même si mon rythme cardiaque accélère. En revanche, des douleurs se font sentir dans la cuisse droite, juste au-dessus du genou. J’ai l’impression de forcer. En d’autres mots, je fais trop travailler le genou. La sensation est similaire à celle ressentie lors de mon voyage sur la Route Romantique.

En conséquence, je me force à allonger la jambe, en poussant pour que mon talon soit le plus bas possible. De plus, à chaque coup de pédale, j’essaie de faire en sorte que mon genou aille vers l’arrière au maximum.

Ressentir des douleurs au bout d’à peu près 100 km sur un terrain plat ne présage rien de bon pour le périple en Espagne. Il faudra emporter ma genouillère dans mes sacoches.

Nous avons dépassé l’endroit où se trouvaient les acacias, alors que j’aurais voulu cueillir des fleurs pour parfumer un plat. Une autre occasion de profiter de la flore se présente juste après avoir dépassé le lac de Lacanau. Je vois des plantes dont les feuilles ressemblent à de la sauge, alignées le long de la piste cyclable.

Je me dis que prendre le temps de profiter de l’environnement lors d’une sortie à vélo est appréciable. Pourtant, lors de mes aventures de cyclotourisme, je roule en me concentrant sur le point d’arrivée de l’étape du jour. Je pourrai plus souvent observer ce qui m’entoure et m’arrêter pour admirer la faune, la flore et le patrimoine culturel de la région visitée.

Le parfum qui se dégage de la feuille me confirme que c’est de la sauge. Il comporte des notes citronnées. J’en cueille quelques feuilles, qui pourront agrémenter une sauce. Ensuite, nous retrouvons les longues lignes droites entre Saumos et Sainte-Hélène. Un vent fort souffle face à nous. Je transpire plus en faisant des efforts, pour avancer.

Je me place derrière mon père, proche de lui, pour me protéger des frottements. Cette position me permet de prendre de la vitesse en fournissant le même effort. Ensuite, je dépasse mon père pour le protéger à mon tour. Cette méthode est très efficace.

À partir de Sainte-Hélène, je continue le trajet seul. La douleur au genou droit persiste. Je dois être habitué à une mauvaise position. C’est-à-dire que, lorsque je roule sur mon vélo de ville, je ne tends pas assez la jambe. Lorsque mes jambes sont tendues, le talon proche du sol, ma douleur s’estompe. Cependant, cela me demande des efforts et de la concentration de faire ce geste.

À Saint-Médard, où les maisons deviennent plus rapprochées, je distingue des fleurs blanches sur de petites plantes. Je m’arrête et les sens. Elles ne dégagent pas un parfum d’acacias.

Plus loin, un arbuste se dresse au bord de la clôture d’une maison. Ses fleurs blanches sont plus grosses et se trouvent plus en hauteur. Cette fois-ci, pas de doute, il s’agit de celles que je recherche. Quel parfum ! J’en glisse quelques-unes dans la poche de mon sweat.

Vers 17h, après une traversée de l’agglomération qui me paraît interminable, me voilà chez moi. Je me sens fatigué, mais aussi détendu, en forme et fier de ce que j’ai accompli. Cela me met dans de bonnes conditions pour accomplir des tâches ménagères.

Cette sortie a remis ma machine corporelle en route et m’a fait réaliser que mon genou était fragile. Elle m’a rappelé aussi à quel point le cyclotourisme était bénéfique pour la santé mentale.


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