Comment j’ai préparé un voyage à vélo – entre excitation et inquiétude

Je raconte les jours qui précèdent le début de mon aventure à vélo au cœur des Montañas Vacías.

Ce qui me plaît dans le voyage en itinérance à vélo sur de longues distances est d’abord la sensation de liberté totale et d’indépendance. Par ailleurs, je prends confiance en moi en me dépassant physiquement et, en même temps, pédaler plusieurs heures par jour me détend et me fait méditer. Enfin, c’est un moyen de m’immerger dans une région méconnue et de tenter de comprendre le mode de vie de ses habitants.

Cependant, ce loisir demande beaucoup de temps et une bonne organisation, notamment parce que je rejoins les lieux de départ et d’arrivée en bus et train.

Dans cet article, j’explique où j’en suis dans ma préparation, moins d’une semaine avant le début de mon voyage dans les Montañas Vacías, en Espagne.


Une sortie pour préparer le corps et l’esprit

Dimanche matin, à 8h. Je mange mon petit-déjeuner chez moi tout en admirant le ciel bleu par la fenêtre. La météo est idéale pour une sortie à vélo. Celle qui m’attend dans la région de l’Entre-deux-Mers, à proximité de Bordeaux, a pour objectif de m’habituer aux montées qui seront nombreuses et abruptes en Espagne.

Au bout du cours Victor Hugo où les commerces s’animent, je rejoins le pont de pierre. Malgré le solei, je sens la fraîcheur hivernale dans les mains.

Il y a beaucoup de joggeurs et de cyclistes. Ces derniers roulent pour la plupart sur des vélos de route et me dépassent comme des Formule 1 sur un circuit de course. Voir autant de sportifs du dimanche me procure de la joie et me motive.

L’île d’Arcins est en vue à ma droite. Alors que je lâche les mains de mon vélo pour retrousser mes manches, j’entends une forte voix derrière moi : « Attention ! »

Je me rabats sur la droite et sens quelque chose me dépasser.

– « Désolé, je ne vous avais pas vu.

– Tout va bien. »

Les cyclistes sur des vélos de route rapides peuvent être énervés quand on leur gène le passage, mais ce n’est pas le cas de celui-ci.

Après 20 minutes à pédaler, j’aperçois le début de la piste Roger Lapébie. Cette voie est l’une de mes préférées dans la région bordelaise car elle traverse forêts, vignes et vallons, mais aussi parce qu’elle est lisse.

Peu après, j’arrive devant le café situé dans l’ancienne gare de Latresne. Je voulais faire une pause ici mais il est fermé.

Une douleur au genou commence à se faire sentir. Elle doit venir d’une position non-droite, ce qui crée un déséquilibre très léger. Il va falloir avancer à un rythme ralenti lors des 1ers jours dans les Montañas Vacías, quitte à devoir rouler plus longtemps chaque jour.

Plus loin, un café-restaurant, Chez Pimpine, apparaît. Il se situe lui aussi dans une ancienne gare. Cela rappelle que la piste cyclable se trouve sur une voie de chemin de fer désaffectée. Après avoir mis le pied à terre, je lis un panneau sur l’histoire des carrières de pierres dans l’Entre-deux-Mers. Quelques minutes plus tôt, j’ai vu des entrées de carrières désaffectées, cachées derrière la végétation.

De la pierre au vélo

Le premier tronçon de la voie de chemin de fer Bordeaux-La Sauvetat-du-Dropt est inauguré en 1873. Elle servait à acheminer la pierre des carrières de l’Entre-deux-Mers nécessaire à la construction des beaux immeubles bordelais. Cette pierre blonde est emblématique de l’architecture de la ville mais, de nos jours, peu de carrières sont encore en activité dans la région.

La piste cyclable Roger Lapébie s’étend sur 57 km sur une partie de cette voie ferrée, entre Latresne et Sauveterre-de-Guyenne.

Des chaises et tables, sur lesquelles des couverts sont déjà posés en prévision du déjeuner, occupent la terrasse. Des hommes qui semblent être des habitués discutent entre eux.

Je m’assieds dehors, à l’ombre, non loin de deux jeunes cyclistes, avec un café et un croissant. C’est un avant-goût des délicieuses pauses matinales que je vais faire dans les villages des Montañas Vacías.

La voie plate est fréquentée par des cyclistes qui font des sorties à la journée et par des promeneurs. Une atmosphère détendue et joyeuse est palpable.

À Créon, je quitte la piste en direction de Langoiran, en suivant les panneaux pour voitures. Le feuillage des grands arbres tout autour de la route forme une cape verte sublime. Je croise peu de voitures, ce qui est très appréciable.

Plusieurs descentes s’enchaînent. Je les parcours à vive allure, sans forcer sur mes jambes. La zone n’est pas si vallonnée que ça. Soudain, je vois le stade champêtre qui porte le nom d’Alain Giresse. C’est le signe que je suis arrivé à Langoiran.

Je ne reste pas plus longtemps dans le village. La zone qui longe la Garonne est un peu plus vallonnée. J’enchaîne quelques montées qui me fatiguent peu et des descentes, avant de retrouver la piste cyclable.

Alors que je roule dans la portion en ligne droite qui longe le fleuve, une imposante bâtisse apparaît à ma droite. Elle se dresse derrière une grille, dans une immense propriété. À chaque fois que je passe ici, cette présence m’émerveille et me rassure. La maison, sûrement construite au XIXe siècle, a traversé les siècles.

Ma tête est penchée vers le sol à cause de la fatigue. Sans en avoir l’air, j’ai parcouru une cinquantaine de kilomètres.

« Attention ! » J’ai juste le temps de voir un énorme vélo électrique de marque Super73, conduit par un homme et accompagné d’un enfant derrière, me frôler, avant de dévier ma trajectoire. Je ne comprends pas l’intérêt de ces « vélos » imposants et rapides. Ils m’évoquent la bêtise.

J’arrive chez moi tvers 13h, toujours sous le soleil. Cette nouvelle sortie m’a donné confiance en moi et m’a mis de bonne humeur pour le reste de la journée, mais je sens à nouveau une légère gêne au genou droit.

Le défi du matériel

L’élément le plus important de mon équipement est le vélo. Mon guide Lonely Planet conseille un gravel ou un mountain bike avec des pneus d’au moins 50 mm. Le site officiel des Montañas Vacías dit quant à lui qu’il faut des pneus de minimum 40 mm. Cette largeur est nécessaire car la majorité du trajet est constituée de chemins de terre, pour certains ardus. En même temps, les pneus trop larges n’avancent pas bien sur les routes goudronnées, que je vais aussi emprunter dans les Montañas Vacías.

Mon vélo de randonnée est équipé de pneus de 47 mm. Je décide de ne pas les changer car il a déjà roulé sur des chemins de terre rocailleux, en Espagne et en Grèce.

Ensuite, il faut prévoir suffisamment d’eau et de batterie sur le téléphone portable. Dans l’une des zones les moins peuplées d’Europe, ce sont des ressources très importantes. J’achète donc une batterie externe. En ce qui concerne l’eau, je n’ai qu’un bidon de 750 mL. Je m’en procure un autre, de 950 mL et emporte dans mes bagages une petite bouteille, qui porte la contenance totale à 2L.

Par ailleurs, j’achète deux barres Figolu, des délices équilibrés qui m’accompagnent dans chaque voyage à vélo en itinérance.

La veille de mon départ, il faut faire une liste comportant toutes mes affaires à emporter dans mes deux sacoches de porte-bagages. Parmi elles, il y a bien sûr mon duvet, ma tente et mon réchaud. Un autre indispensable est ma genouillère, que je portais il y a quelques années lorsque je souffrais d’une tendinite. C’est la première fois qu’elle m’accompagne pendant un voyage à vélo. Elle me semble indispensable pour ne pas ressentir de trop fortes douleurs au genou droit.

En revanche, je ne prévois pas le programme de mes étapes quotidiennes. D’une part, parce que je n’ai pas le temps pour cela et, d’autre part, parce que cela me stresserait. J’étudierai le tracé pendant le long voyage en train et bus jusqu’à mon point de départ. Mon idée est d’avancer à mon rythme chaque jour et de m’arrêter lorsque je serai fatigué, pour installer ma tente.

Le matin du jour de mon départ, je sors mon vélo de la cave, gonfle mes pneus au maximum de la pression conseillé et rassemble mes affaires.

Sur le trajet qui me mène vers la gare de Bordeaux, je ressens la joie du début des vacances, les premières depuis 4 mois, mais aussi de l’inquiétude. Je n’ai pas préparé ce défi sportif aussi bien que je l’aurai voulu et l’itinéraire qui m’attend est un mystère, mais au fond, je pars surtout pour ralentir et me ressourcer dans la nature.


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