Bilbao, impressions d’une ville brute

4 jours à Bilbao pour flâner, manger, observer et me laisser surprendre. J'ai trouvé la ville brute, vivante et difficile à comprendre.

Fleuve Nervion à Bilbao.

Je sens l’odeur grasse des patatas bravas et celle amère du vermouth. Assis sur un banc adossé au mur du bar, je déguste ces mets tout en regardant les passants. Je suis arrivé il y a 2 jours à Bilbao et j’ai l’impression de ne pas comprendre cette ville. L’orientation des quartiers est floue dans ma tête et la culture locale m’est étrangère. Cependant, j’ai remarqué une chose : les habitants aiment passer du temps dehors.

C’est justement cette ambiance que j’étais venu chercher, pour faire une coupure avec ma vie bordelaise de tous les jours. Mon objectif n’était pas de découvrir les attractions touristiques locales mais de parler espagnol et me détendre. Découvrez ce que ce séjour de 4 jours m’a apporté et les lieux de la ville basque que j’ai préférés.


Plats végétariens, béton et ambiance populaire

J’arrive en centre-ville de Bilbao après un trajet d’une heure en covoiturage depuis Saint-Sébastien. Ce voyage, débuté à Bordeaux en milieu de journée, me détend déjà.

Je découvre le stade de San Mames, une structure imposante et moderne posée sur une place immense. Ce quartier n’est pas attrayant. Le béton, le passage des voitures dans les grandes avenues et l’absence d’édifices anciens me sautent aux yeux.

Après un trajet en métro, je me trouve devant l’immeuble de mon Airbnb. Ses briques rouges me font penser à la banlieue d’une ville ouvrière.

La mutation d’une cité industrielle

À la fin du XIXe siècle, débute pour Bilbao une période de développement, fondée sur l’exploitation des minerais, notamment de fer. Elle connaît aussi la prospérité grâce au commerce et à l’activité portuaire. Bilbao devient un des plus grands pôles économiques du pays et le restera durant une bonne partie du XXe siècle. Les chantiers navals d’Euskalduna et les hauts fourneaux symbolisent ce développement industriel.

Dans les années 1980, l’activité sidérurgique est en crise. La ville doit se transformer et parie sur les nouvelles technologies ainsi que les services. Le musée Guggenheim, construit en 1997, est le symbole du nouveau Bilbao.

Le soir, je sors pour aller manger dans un restaurant adapté aux végétariens qu’une pote originaire de la ville m’a conseillé. Dans le métro, pour rejoindre les quais, il faut descendre profondément par des escalators ou escaliers qui semblent plonger au centre de la terre.

Les grands affichages rouges présentent les noms des stations. Je trouve que les gens autour de moi sont habillés de façon peu élégante et moins recherchée qu’en France. Je n’entends aucune parole en basque autour du moi. M’imprégner de la langue espagnole me ravit.

À nouveau à l’air libre, je distingue au loin un fleuve qui s’écoule en plein centre-ville. En marchant vers le restaurant, je vois de nombreux commerces condamnés et des façades d’immeubles noircies. Les gens que je croise sont en grande majorité d’origine africaine. Le caractère multiculturel et populaire des lieux me plaît et me rappelle le quartier de Wilhelmsburg, à Hambourg, où j’ai habité. En revanche, je ne me sens pas à l’aise car l’endroit semble mal famé.

Fleuve Nervion à Bilbao la nuit

À l’issue de la longue rue, je découvre une terrasse d’un bar dont la carte compte plusieurs plats vegan. Je suis au bon endroit.

À l’intérieur du Txu Krut, des planches de surf colorées sont accrochées au mur. Je commande des gyozas végétariens, un burger au steak de soja et une bière. Sur la terrasse, à côté de moi se trouvent un groupe d’amis, des hommes et femmes d’âges divers assis autour d’une table. Cette image symbolise d’après moi la culture du vivre-dehors des Espagnols. Un d’eux, d’origine marocaine, me paie une bière.

Je rentre pour payer et demande au serveur :

– « Êtes-vous surfeur ?

– Oui !

– Vous savez où je peux aller surfer pas loin d’ici ?

– Va à la plage de Sopelana »

Dans ce quartier sale, je préfère aller jusqu’à la station de métro la plus proche plutôt que de marcher de nouveau dans la rue mal famée.

Quand on est à l’étranger, on est tentés de comparer notre lieu de vie avec ce qu’on voit sur place. Ces pensées viennent à moi pendant ce séjour dans la ville basque, peut-être parce que j’ai peu l’occasion de voyager. Pourtant, ici, je suis à seulement 4h de Bordeaux et les différences sont peu marquées.

C’est-à-dire que mon esprit n’a plus l’habitude, prise quand j’étais expatrié en Allemagne, de découvrir une culture étrangère sans juger ni comparer.

Le lendemain, après une journée passée à travailler dans un café du centre-ville, j’ai pour projet d’aller manger dans un restaurant végétarien. Il est plus fréquent d’entre trouver ici et d’une façon générale dans les grandes villes espagnoles, qu’à Bordeaux. Moi qui suis végétarien, je me plais à découvrir des lieux où on peut manger de la nourriture copieuse et bonne, sans viande.

Le lieu est spécialisé dans les tapas à base de champignons. Il est situé dans le Casco Viejo, le centre-ville historique. À la sortie du métro, j’entends un brouhaha. En m’avançant, je découvre une rue noire de monde. Ils sont debout ou assis par terre devant les bars qui s’alignent. La plupart des fêtards semblent avoir moins de 30 ans. Bière à la main, ils parlent fort. Je prends mon temps pour arriver jusqu’à la devanture du restaurant, qui est fermée. Je suis déçu de ne pas pouvoir entrer.

Sur Google Maps, plusieurs autres tables avec de nombreuses options végétariennes apparaissent dans le quartier, dont l’Okapi. Le restaurant-bar se trouve dans une rue aux bâtiments sombres, comme le reste du quartier.

Je vais commander au comptoir des choux-fleurs frits et des croquettes au fromage bleu. La nourriture frite à l’huile d’olive est proposée en version végétarienne ou vegan à de nombreux endroits de la carte. Comme dans l’établissement de la veille au soir, je me réjouis que les plats soient à la fois riches et délicieux.

Ensuite, je repars dans les rues animées du Casco Viejo à la recherche d’un bar. J’en trouve un où la majorité des clients se trouvent à l’extérieur, debout, leur verre à la main. La grande majorité des gens sont espagnols. L’ambiance me plaît. Il est pour moi difficile d’aborder des gens mais je le fais tout de même pour m’enrichir au contact d’autres personnes, découvrir la culture locale et parler espagnol.

Renouer avec l’instant présent

Ce séjour est très imprégné par le travail. Je ne profite de la ville que quelques heures en fin de journée, pour sortir manger et prendre des verres. Cependant, j’ai eu la joie de visiter le musée Guggenheim, le samedi.

En me levant vers 12h, après une nuit de fête, je me rends compte que j’ai oublié mon chargeur à la boulangerie où j’ai travaillé la veille. Je me rends en métro au centre-ville. Sur la grande place ronde vue la veille, je vois que mon portable n’a plus qu’1 % de batterie. Je vais à la boulangerie Santagloria mais je ne vois que ce n’est pas celle d’hier. Le serveur me donne les instructions pour y aller.

D’abord à droite, puis à gauche… Je ne reconnnais pas les lieux autour de moi mais je ne veux pas enlever le mode avion de mon téléphone pour garder de la batterie afin de montrer mon billet au musée.

Le gérant d’un kiosque à journaux me montre une vague direction de l’endroit où se trouve la boulangerie. 5 minutes plus tard, le commerce est en vue. La joie m’envahit mais le serveur m’annonce qu’ils n’ont pas trouvé de chargeur. Il dit plusieurs fois qu’il est désolé, ce qui me réconforte. L’empathie est une qualité sous-évaluée.

Allons manger, cela donnera des forces. Je vais dans un petit bar-restaurant où je recharge mes batteries physiques et mentales, à défaut de celles de mon téléphone. La tortilla engloutie, je vais acheter le chargeur.

Je suis énervé de perdre du temps à cause de cet oubli car mon séjour dans la ville basque est court. Je devrais faire plus attention à mes affaires. Dans une rue animée, où se trouve de nombreuses personnes en maillot de l’Athletic Bilbao, je passe devant de nombreux bars. Un match de l’équipe locale doit avoir lieu aujourd’hui. Dans un bar, je m’assois et mets mon portable à charger après avoir commandé un coca et des olives.

Ce cadre est idéal pour écrire. Les conditions sont encore plus propices étant donné que le portable ne peut pas me distraire. Ancré dans le moment présent, je fais attention à ce qui m’entoure et je reprends goût à l’écriture au stylo sur papier. Sans distraction extérieure, je peux terminer un article de blog, que je reportais depuis plusieurs jours. Je profite aussi de ce moment pour noter mes impressions sur Bilbao dans mon carnet.

Finalement, l’absence forcée du portable m’a fait revenir aux choses importantes, à savoir observer ce qui m’entoure, parler aux gens et me laisser du temps pour écrire.

Quand l’art et l’eau révèlent la ville

J’arrive en début d’après-midi au Guggenheim, un édifice imposant. Il est difficile de comprendre ce que ses formes représentent. Quand je rentre dans le hall aéré et lumineux, au rez-de-chaussée, je télécharge une application qui me permet d’écouter un audio-guide. Il m’apprend que ses formes représentent des fleurs. Il est censé faire le lien entre le fleuve Nervion, que je vois à travers les vitres, et la ville.

Les tôles de la façade se prolongent à l’intérieur, ce qui veut rappeler que ce monument est intégré à son environnement. L’atmosphère qui règne ici est propice à la stimulation de l’intelligence et à la découverte de l’art. Je suis fasciné par la complexité de l’édifice et par le fait qu’il représente le renouveau de Bilbao. Il est la preuve qu’un bâtiment peut contribuer à changer une ville.

Musée Guggenheim à Bilbao, Espagne.

Deux expositions temporaires ont lieu en même temps. La 1re débute au rez-de-chaussée, à côté de l’ascenseur. Il s’agit d’une collection d’Helen Frankenthaler. Je découvre ses grandes toiles colorées. Les techniques de peinture de l’artiste doivent être très maîtrisées car les différentes zones des tableaux s’assemblent de façon harmonieuse. Cependant, j’ai du mal à les appréhender et à comprendre ce qu’elles veulent exprimer.

Si je n’accroche pas à son art, je trouve en revanche intéressantes les informations sur sa vie, qui a traversé le XXe siècle, sur la côte est des États-Unis notamment. Ensuite, je monte au 1ᵉʳ étage dans l’ascenseur de verre dans lequel je profite d’une vue sur les parois de verre de l’édifice.

Une exposition d’une autre artiste américaine avec un nom allemand, Barbara Kruger, m’attend. J’ai l’impression que le bâtiment fait partie de l’exposition, telle une œuvre à part entière. Les allées qui serpentent me mènent d’une salle à l’autre, tout en hauteur. Depuis le chemin de visite, entre les salles, je vois le rez-de-chaussée et les parois de verre, côté fleuve.

Les œuvres de Barbara Kruger sont des tableaux de phrases courtes écrites en gros caractères, visant à marquer les esprits. Par exemple, je lis « I shop therefore I am ». Une autre : « I post therefore I am stagram ». Une multitude de mots sont visibles, exprimant des choses variées. Le sens des phrases me fait réfléchir.

Ensuite, je rentre dans une salle, dont les murs sont aussi blancs que ceux des autres pièces. Près de l’entrée, de nombreuses œuvres dans le même style sont exposées au mur. Elles sont humoristiques, toujours avec une dimension engagée, qui vise à faire réfléchir sur notre époque, notre société et nos croyances.

Au centre de la pièce trône un écran sur lequel des phrases apparaissent les unes en dessous des autres. Certains mots sont effacés et remplis par d’autres, comme si quelqu’un tapait à la machine en modifiant ce qu’il voulait dire. J’entends un bruit de machine à écrire accompagner le film. Autour de moi, des visiteurs regardent aussi cette œuvre animée en silence. Cette exposition me plaît, moi qui aime les mots. Je trouve qu’elle prend le contre-pied des réseaux sociaux qui font perdre du temps car elle invite à réfléchir de façon plus profonde.

Exposition Barbara Kruger musée Guggenheim Bilbao.

À l’extérieur du musée Guggenheim, je sens que j’ai récupéré de ma nuit, le Doliprane faisant effet. Par ailleurs, je me sens enrichi et plus intelligent qu’avant de rentrer. Cette visite me donne envie d’aller plus souvent au musée, moi qui y vais peu à Bordeaux.

Ensuite, je rejoins sous le soleil la passerelle au bord du fleuve, derrière le bâtiment. L’audio-guide m’apprend que la surface de la façade du bâtiment réfléchit le soleil et change de couleur tout au long de la journée. J’écoute quelques passages sur des œuvres exposées dehors, telles que l’araignée immense, Maman, et les immenses perles élégantes.

Fatigué, je décide de ne pas aller à la plage. Le trajet durant 1h aller, cela ne vaut pas le coup. Je préfère me balader sans but dans les rues.

Les bâtiments de pierre blanc cassé me plaisent. Je n’avais pas remarqué cet aspect de Bilbao les 1ers jours. Par ailleurs, des immeubles aux pierres massives me rappellent ceux de Hambourg, dont le Rathaus (hôtel de ville).

Soudain, je vois une petite place arborée équipée de bancs. Je m’allonge et dors pendant une heure. Le passage des voitures non loin de moi ne me dérange pas. Sur le chemin qui me mène à la station de métro, il y a nouveau de nombreuses personnes vêtues du maillot de l’Athletic Bilbao. C’est sûr, il y a un match aujourd’hui.

Un autre aspect de la ville qui m’a marqué est la présence de l’eau dans le centre. Le Nervion, cette bande peu large qui serpente sous les nombreux ponts, est intégré au paysage urbain. Ses eaux calmes sont une présence apaisante. Je m’en rends compte en particulier un soir, alors que je me rends au Vasco Viejo. Les lumières se reflètent dans le fleuve, ce qui crée une ambiance magique et mystérieuse.

Quand je quitte la ville, je me dis que je n’ai pas pu en voir beaucoup. Certains quartiers de Bilbao m’ont repoussé mais les moments de fête et de découverte de la gastronomie m’ont permis de couper et de profiter de vie. Enfin, la visite de son joyau, le Guggenheim, m’a plu au-delà de ce que j’avais espéré.

Avez-vous déjà visité Bilbao ? Quelle impression la ville vous avait-elle laissée ? Dites-le en commentaires !


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