De la Dordogne à l’océan en 3 jours

Lors d'un voyage hivernal sur la Flow Vélo, je me suis dépensé, je me suis rapproché de la nature et j'ai soufflé.

Carrelet à Fouras

Les 4 itinéraires cyclables principaux de Bordeaux et sa région sont la piste menant à Lacanau, la piste Roger Lapébie, la Vélodyssée et la Flow Vélo. Cette dernière passe par la Dordogne, la Charente et la Charente-Maritime – 3 départements que je connais, en particulier la Charente-Maritime car une partie de ma famille y habite.

Même si je fais du vélo longue distance pour découvrir de nouvelles régions inconnues, parfois, je roule pour me détendre et faire du sport, sans chercher à explorer le patrimoine local. C’est dans cette optique que j’ai parcouru une partie de la Flow Vélo pendant 3 jours, à la fin du mois de décembre.

Découvrez les paysages que j’ai traversés, les bienfaits que j’ai tirés de ce périple et les difficultés que j’ai rencontrées.


Flow Vélo : itinéraire de Thiviers à Fouras

La nature en hiver

Comme souvent, tout commence par une traversée de Bordeaux, tôt le matin. Je suis ravi de rouler dans une ville déserte pour rejoindre la gare, en ce 1er jour de vacances de Noël. Les dernières semaines ont été fatigantes et j’ai besoin de repos. Pourtant, le programme de mes congés peut sembler peu reposant, puisque je fais ce voyage d’environ 300 km avant d’aller à Paris puis en Normandie, où je passerai les fêtes en famille. Ces activités sont une manière de me détendre et de couper de mes activités quotidienne.

Je sors du train à Thiviers, à moitié endormi après 1h de trajet. La petite ville de Dordogne, où j’étais passé il y a quelques semaines lors d’une autre sortie à vélo, est animée. Je monte une rue qui débouche sur la place où se tient le marché. En faisant le tour, j’admire plusieurs produits typiques de la région, notamment beaucoup de canard et de foie gras.

Je m’arrête devant le stand d’un fromager débonnaire et de son fils. Avec un fort accent belge, il discute avec ses clients de tout et de rien. Je me laisse tenter par du fromage, que je pourrais manger lors de mes pauses dans la nature.

Après avoir pris un café et une crêpe sur un stand tenu par un monsieur très méticuleux, je me mets en route. Il y a 75 km à parcourir jusqu’à Angoulême.

Plusieurs panneaux indiquent la direction du départ de la FlowVélo. Je la rejoins en atteignant une piste de graviers entourée d’arbres, réservé aux piétons et aux cyclistes.

Me mettre en mouvement me fait du bien, d’autant plus que mon vélo de randonnée est très confortable. Autour de moi, j’observe un léger brouillard et j’entends de temps en temps le chant d’un oiseau. Les bois semblent endormis, l’herbe est humide et les branches sans feuilles ne bougent pas. La nature est décidément belle en hiver.

En Dordogne sur la Flow Vélo

À quelques centaines de mètres du village de Nontron, une grille barre l’accès à un pont. Un écriteau accroché dessus m’apprend qu’il est interdit de passer en raison de la préparation d’un feu d’artifice. Quand j’essaie de pousser le grillage pour entrer, des hommes en charge de l’installation m’entendent et me crient : « Faites le détour par la route ! »

Au croisement, je peux descendre vers Nontron, mais des panneaux indiquent que la route est barrée à 100 m. Faire demi-tour et chercher un itinéraire alternatif rallongeraient le temps de trajet. Voyons ce qu’il y a en bas de la route. Je découvre deux grilles posées sur la chaussée. Il suffit de passer entre elles. Une femme d’un certain âge qui nettoie devant sa maison me dit : « Attention, il y a des contrôles de police. En ce moment, ils ne sont pas là ». 

Je la remercie et descends de mon vélo pour explorer les lieux à pied. Personne en vue. Je fais passer mon vélo par-dessus le bloc lourd et massif qui bloque la route et passe entre les grilles.

L’atmosphère du village est lugubre et triste. Je voudrais faire une pause-café, mais le seul bar que je vois ne me tente pas.

Les prés, champs et forêts qui m’entourent à nouveau me ressourcent et m’apaisent. Le froid se fait sentir dans mes pieds. Je fais glisser mes orteils contre mes semelles en les pliant avec énergie. Ce mouvement me réchauffe et je remarque que je m’ancre dans le présent. Mes pensées disparaissent et j’admire le paysage vert.

J’arrive à Marthon quelques minutes avant que la boulangerie ferme ses portes. Le commerce me semble figé dans le temps, dans cette petite commune. Il y a un objet où on dépose la monnaie, sur le comptoir, qui était sûrement déjà là il y a 30 ans. On me propose quelque chose entre la pizza et le sandwich.

Je mange sur une aire de repos à la sortie du village, sur une table. Soudain, il se met à tomber quelques gouttes. Ce n’est pas assez pour me faire quitter les lieux. Une fois mon repas terminé, je vais m’allonger sur un banc un peu plus loin. Je m’endors rapidement mais le froid dans mes pieds et mes jambes me force à partir.

J’ai senti plus tôt quelques douleurs au genou droit, comme lors de ma précédente sortie, mais elles ont disparu. Mes mouvements des jambes sont plus fluides et moins laborieux que ce matin. Cela me rend joyeux.

À 16h15, une ville qui domine les alentours se dessine. C’est Angoulême. J’évite le centre pour rejoindre mon logement du soir, une chambre confortable dans une maison moderne.

Retrouvailles avec la Charente

La première étape du jour me mène jusqu’à Châteauneuf-sur-Charente. Ensuite, je longe le fleuve, qui s’écoule tranquillement.

À Jarnac, sur les quais de la Charente, j’admire le pont en pierre et quelques saules pleureurs au bord du fleuve. Ensuite, je roule dans les rues étroites où marchent quelques habitants à la sortie de la messe. À part eux, il n’y a presque personne en vue. Je fais un détour pour admirer la maison natale de François Mitterrand. L’inscription « Fabrique de vinaigre » sur la façade est difficile à déchiffrer.

Pont sur la Charente, France

La piste traverse maintenant des paysages de vignes. Entre la Charente et une voie de chemin de fer, je reconnais la piste reliant Jarnac à Cognac, que j’avais empruntée dans l’autre sens il y a quelques années pour rendre visite à l’artisan Gaël, fondateur d’Orbis Terrae.

La ville qui a donné son nom au spiritueux m’accueille, sous un ciel toujours gris, à l’heure du déjeuner. Tiens, un restaurant indien. Cela fait longtemps que je n’ai pas mangé cette cuisine qui me convient puisque je suis végétarien. Après le repas revigorant, je me remets en route.

Mes lumières, qui fonctionnent avec une dynamo intégrée, n’éclairent pas. Je m’arrête et inspecte le dispositif, que j’avais appris à comprendre en Grèce, lorsqu’il fallait enlever une roue pour placer le vélo dans la soute des bus. Depuis, j’ai plaisir à manipuler le raccordement. Les fils qui doivent ressortir de l’autre côté de la pièce en plastique sont abîmés et donc pas assez longs. J’arrive à les remettre en place après les avoir tressés. Les lumières éclairent sous mes coups de pédales, mais quelques mètres plus loin, elles s’éteignent à nouveau. Pas d’autre choix que de continuer sans phares.

Je vois de grandes flaques d’eau dans les forêts qui bordent le chemin, et aussi sur celui-ci. Je m’arrête pour enfiler mon pantalon de kway, qui va protéger mes chaussures de sport et mon legging. La boue blanche éclabousse mes pieds et mes mollets ainsi que mon vélo. Il est agréable et vivifiant de se rapprocher de la nature et de se confronter à des choses parfois inconfortables, telles que le vent, la pluie, les imperfections du sol…

Soudain, je m’arrête devant une zone inondée. Les arbres se reflètent dedans. 50 m ? 100 m de long ?

Bon, ajustons le pantalon de k-way pour qu’il couvre mes chaussures et allons-y lentement. L’eau gicle sous mes pieds et le jet s’intensifie quand j’accélère. Je retrouve la terre avec satisfaction après cette traversée aquatique excitante.

Plus loin, je vois une biche qui s’éloigne en sautant quand elle m’entend arriver. Le cadre naturel a un effet apaisant que je cherchais en faisant ce voyage.

Biche sur l'herbe verte

Mes jambes se sont habituées aux efforts, mes mouvements sont plus fluides qu’hier et mes muscles se renforcent. Il faut accélérer le rythme car il va bientôt faire nuit, mais l’obscurité tombe peu avant Saintes. Google Maps me guide.

Soudain, une forte pluie commence à tomber. Je sens l’humidité sur mes avant-bras. Mon épai manteau The North Face, acheté il y a plus de 10 ans, ne semble plus imperméable.

À 18h15, j’arrive à l’hôtel situé dans une zone commerciale à l’écart du centre de Saintes. La femme de l’accueil me voit, trempé et les jambes couvertes de boue blanche. Qu’elle attende de voir mon vélo !

Très gentille, l’employée me propose de nettoyer ma monture avant de réaliser que le tuyau est trop court pour arriver jusque-là. De toutes façons, je le salirai de nouveau demain. Il faudra aller dans une station-service à Rochefort, à la fin de mon trajet, pour le nettoyer car la boue peut l’endommager.

Elle m’invite à garder mon vélo dans la chambre. Cette dernière est très petite mais j’arrive à le faire rentrer, en faisant attention à ne pas salir le sol. Une forte odeur de cigarette flotte. Par ailleurs, la douche se trouve dans une sorte de petite cabine en préfabriqué dans le couloir.

La récompense à la fin de mon périple

Le matin, je suis content de quitter les lieux et de faire à nouveau de l’activité physique. Des canaux alimentés par la Charente se trouvent des deux côtés de la piste. Il doit y avoir des ragondins. Aux alentours s’étendent des prés, champs et forêts. J’admire des oiseaux, notamment des échassiers. Est-ce une cigogne qui s’envole là-bas ?

Des cyclistes passent devant moi alors que je prends mon déjeuner au bord de la voie, en pleine nature. Je bouge en mangeant mon sandwich pour ne pas me refroidir. C’est tellement plus agréable de prendre un repas dans la nature, dans un froid vivifiant, plutôt que dans un restaurant. En tous cas tant qu’on est au sec

À Tonay-Charente, j’admire un beau pont qui enjambe le fleuve désormais très large. Puis, des grues portuaires apparaissent au bord du fleuve. Il s’agit d’un terminal céréalier car, plus loin, se dresse devant moi un grand bâtiment dans lequel se jettent de longs boyaux destinés à recevoir des céréales. Sous la halle déserte, je longe des rails destinés à accueillir des wagons.

Rochefort m’accueille sous le soleil. L’architecture des bâtiments XVIIIe me rappelle celle de Bordeaux. Je m’arrête pour faire le point. Laver mon vélo dans une station-service l’abîmerait. Des passants à qui je demande où trouver un jet d’eau me conseillent d’essayer au port de plaisance. Tout d’abord, direction Fouras, ma destination.

Rochefort en Charente-Maritime.

La piste traverse de magnifiques marais, qui bordent une voie pour rapide pour voitures. Dommage que leur bruit perturbe le moment.

Soudain, un ragondin apparaît. Il saute dans un canal avant que je n’aie le temps de sortir mon téléphone pour le photographier. Je vois aussi de grands oiseaux blancs, des chevaux et de moutons. La beauté sauvage et la présence de la faune m’aident à oublier la fatigue.

Le panneau annonçant Fouras passé, je découvre la mer. Quelle joie de m’allonger dans le sable, bordé par de minuscules vagues, sous le soleil ! J’admire aussi les carrelets fièrement dressés et, au loin, je distingue l’île d’Aix et Fort-Boyard. Je ne ferai pas la traversée en bateau jusqu’à l’Île d’Aix, le point d’arrivée de la Flow Vélo.

Carrelets à Fouras.

De retour à Rochefort, je demande à la capitainerie où trouver un robinet pour laver mon vélo. Coup de chance : il y en a un sur le parking devant et un très court tuyau est posé à côté.

Alors que la nuit est déjà tombée, je me mets à l’œuvre. Il y a tellement de boue sur les roues, les garde-boue, le cadre et la chaîne que j’y passe 20 bonnes minutes. Mes chaussures sont trempées et mes mains refroidies, j’admire ma monture, prête à monter dans le train pour Bordeaux. Retour à la vie urbaine.


Avez-vous déjà parcouru la Flow Vélo ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-le en commentaires !


Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *