Une escapade rurale entre Dordogne et Limousin

Villages endormis, paysages vallonnés et rencontres insolites : j’ai retrouvé le plaisir simple de pédaler loin de la ville.

La boucle des enfants du pays à vélo, Dordogne Limousin

Piste Roger Lapébie, piste Bordeaux-Lacanau, tour de la Gironde à vélo : ces itinéraires constituent les rares possibilités de faire du vélo dans la verdure autour de Bordeaux.

Je les ai parcourus, pour certains à de nombreuses reprises, depuis que je me suis installé dans la ville il y a 3 ans. La 2ᵉ moitié du mois d’août, un ami et moi avons eu envie de découvrir autre chose et pour cela, il a fallu prendre le train. Notre choix s’est porté sur la Dordogne, un département vallonné, rural et vert.

Nous avons fait une balade d’une journée sur une partie de la boucle des enfants du pays. Cette sortie de 70 km a été idéale pour me remettre en jambe après la pause que je m’étais imposée à la suite de mon périple de 600 km en Allemagne et en Autriche.

Itinéraire vélo boucle des enfants du pays, Dordogne Limousin
Screenshot

Plonger dans la France rurale

Je me lève à 6h30. Mon VTC, qui dort dans ma chambre pour éviter qu’on me le vole, transporte une sacoche de porte-bagages peu remplie.

Dans les rues presque désertes, j’avance à vive allure. Cette impression est renforcée par le fait que mon vélo que j’utilise tous les jours est moins rapide, car plus lourd.

Accompagné de mon ami retrouvé devant la gare, je monte dans le train régional, où un espace est prévu pour les vélos. Je vois les paysages verts défiler pendant que nous discutons. Mon corps se détend.

À Thiviers, nous sortons et allons vers la route principale du village quand soudain, mon ami dit qu’il ne trouve pas son téléphone. Il part en courant vers le train. Le voyage est-il déjà terminé avant d’avoir commencé ?

Je ne pense pas qu’il va y arriver mais il revient souriant, son portable à la main.

Mon regard se porte sur son casque, attaché à son porte-bagages. « J’ai oublié le mien dans le train sur l’espace pour valises ! »

Sur le quai, je traverse les rails en courant quand le chef de gare me lance : « Ne courrez pas, il y a des gens qui meurent comme ça ! »

Je me sens un peu gêné devant les passagers amusés qui me voient prendre mon casque et sortir. Le chef de gare me lance un regard peu sympathique quand je repasse devant lui en sortant.

Allons-nous arriver en un seul morceau à notre destination ?

Le village de Thiviers s’anime. Nous passons devant des panneaux indiquant le départ de la Flow Vélo. Les noms des rues sont affichés en français et en occitan, ce qui me surprend. Soudain, le marché apparaît. Je vois des stands de produits variés. Leur diversité et leur quantité m’impressionnent. Cette activité me fait penser qu’il existe une France rurale et parallèle à celle des villes. Une grande étendue de melons est présentée sur des tréteaux devant nous. Après en avoir acheté un, nous nous mettons en route.

Marché de Thiviers, Dordogne.

Une voie verte débute. La piste ombragée par les arbres devient une voie de gravel sur laquelle nos vélos sursautent et tremblent. Il me tarde que cette portion se termine.

Soudain, des promeneurs apparaissent en sens inverse. Leur chien nous aboie dessus. Cette scène me rappelle une randonnée à vélo en Grèce. Une des femmes du groupe nous demande de la renseigner sur la direction, comme si rien ne s’était passé. Je n’ai jamais compris l’intérêt d’être propriétaire d’un animal pouvant mordre et blesser un être humain.

Ensuite, la voie verte de la Flow Vélo nous mène jusqu’à Saint-Pardoux-la-Rivière. Après avoir parcouru la rue principale à la recherche d’un lieu où prendre un café, nous optons pour un bar PMU. Il n’y a le choix qu’entre celui-ci et un café pour bikers. Mon ami va acheter des viennoiseries dans une boulangerie toute proche, sur recommandation de la serveuse.

Il y a beaucoup de monde à la terrasse ce samedi matin et, comme me le fait remarquer mon ami, ce sont tous des hommes. Je pense aux cafés du Moyen-Orient et des Balkans où seuls des personnes de sexe masculin jouent aux cartes ou au backgammon.

Les pauses-café pendant les voyages à vélo sont des moments géniaux. Cependant, je n’aimerais pas vivre dans un petit village comme celui-ci, même si les habitants doivent plus s’entraider qu’en ville.

De nouveau sur notre selle, il faut regarder l’itinéraire sur le portable car il n’est pas balisé. La boucle des enfants du pays passe par une route pour voitures peu fréquentée, qui traverse des paysages vallonnés. Nous voyons beaucoup de châtaigniers, reconnaissables à leurs grosses boules d’un vert vif nichés au milieu du feuillage épais. Par ailleurs, il y a des grands prés mais peu de champs. Et parfois, nous remarquons des vaches Limousine à la belle couleur beige. Les lieux devaient avoir la même apparence il y a 200 ans.

Nous avons pénétré dans le Parc Naturel Régional Périgord-Limousin d’après la carte, mais le paysage ne ressemble pas à ce que je pouvais imaginer. La raison est que la végétation n’est pas très dense et qu’il n’y a pas de grandes forêts. En d’autres mots, ce n’est pas un décor sauvage.

Un panneau d’entrée de village apparaît. Mon ami, qui a son portable dans la main, me dit qu’un autre sera bientôt en vue : Dournazac. Nous nous arrêterons là-bas dans un restaurant.

La route monte en zigzag au milieu des prés bucoliques. Je force sur mes jambes pour franchir une montée et soudain, une douleur au genou droit se font sentir. Elle ne s’était pas manifestée depuis la fin de mon voyage sur la Route Romantique. Ce n’est pas normal d’avoir mal lors d’une sortie de 70 km avec un dénivelé positif modéré.

J’irai voir le médecin pour soigner ce qui semble être une tendinite, une pathologie qui avait déjà touché le même genou il y a plusieurs années. Cela avait dû m’empêcher de continuer la course à pied et je n’ai pas repris cette discipline depuis.

Voie verte Flow Vélo en Dordogne

Des villages comme morts

Le panneau « Dournazac » est en vue. Nous passons devant une église peu après l’entrée du village, puis remarquons un restaurant fermé. Il n’y a pas d’autre établissement ouvert, d’après Google Maps.

Il va falloir se contenter du melon. Un coin d’herbe avec vue sur l’église nous sert de table. Je remarque une vieille station essence postée au bord de la rue principale, arborant 3 pompes hors d’usage. Derrière, il y a un atelier de réparation automobile, encore en activité mais fermé.

Ce type de village devait être plus peuplé il y a 50 ou 100 ans, avec une vie commerçante, des activités et événements. Quel intérêt de venir habiter ici de nos jours ?

Soudain, des gouttes nous tombent dessus même si nous sommes abrités par les arbres. Ensuite, nous entrons dans l’église puis allons voir la « fontaine miraculeuse Saint-Sulpice », une attraction vue sur Google Maps.

Au bout d’une rue, nous découvrons un puits. Du lichen vert recouvre une partie du toit de la construction. Je me dis que « fontaine miraculeuse » sont de bien grands mots. Une voiture, avec une femme à l’intérieur, se trouve devant une maison. Mon ami demande si c’est bien la fontaine que nous voyons :

« Oui ! Je ne suis pas d’ici, je ne comprends pas pourquoi on l’appelle ainsi. C’est un puits. »

Qu’est-ce qui a amené cette femme à venir s’installer ici ?

En repartant, nous passons devant un panneau présentant des activités et événements culturels du coin. Il y a notamment un concert d’un sosie d’Elvis, la semaine prochaine.

Dournazac, Dordogne

Nous roulons sous la pluie, le ventre à moitié plein. Les châtaigniers majestueux sont toujours présents en nombre au bord de la route, où nous croisons presque autant de véhicules agricoles que de voitures. Soudain, le soleil fait son apparition dans une zone dégagée et plus plate. Je vois des vaches et veaux beiges broutant dans un immense pré. Mon ami remarque un taureau parmi les animaux.

Puis, un grand hangar apparaît. Je remarque à l’intérieur des espaces dédiés à la nourriture des vaches, notamment des équipements qui empêchent qu’elles sortent leur tête lorsqu’elles mangent. Les animaux doivent être élevés pour leur viande et non pour leur lait. Même si je suis végétarien, je pourrais m’imaginer manger de temps en temps cette viande car les vaches semblent vivre dans de bonnes conditions.

Plusieurs voitures immatriculées du numéro 87, la Haute-Vienne, me dépassent. Bussières-Galant se dévoile. Le village de destination est traversé par une rue, dans laquelle il n’y a aucun café ni restaurant. Pourquoi ont-ils décidé de garder une gare ouverte dans cet endroit si petit ?

Au moins, je n’ai pas raté mon train comme lors de ma dernière sortie à vélo en Dordogne. Assis sur le banc abrité sur le quai, nous voyons un appareil accroché au mur de la gare. Il fait un bruit d’alarme. Un employé de la SNCF arrive et appuie sur le bouton, ce qui le fait taire. Puis, il va actionner des manettes qui aiguillent les trains.

Peu avant l’arrivée du TER, nous allons voir le chef de gare. Il nous explique que l’appareil, qui date des années 1950, sert à connaître l’arrivée des trains. Une pièce de musée encore en fonctionnement à l’heure de l’IA et des fusées dans l’espace !

Cet itinéraire de 70 km était idéal pour une reprise du vélo. De plus, il m’a fait découvert des paysages verts et une zone reculée. À la gare Saint-Jean, où nous arriverons dans 1h30, le béton et le bouillonnement de la ville refermeront cette parenthèse naturelle.


Qu’avez-vous pensé de ce récit ? Connaissez-vous des itinéraires à la journée dans des zones rurales ?


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